Arnold a mis au point ce premier laser MOPA N2 pour l’étalonnage de la chambre à dérive du CERN.
Des impulsions laser à azote subnanosecondes peuvent produire de longues traces d’ionisation dans les gaz, localisables à 50 µm dans une chambre à dérive. Une ionisation primaire supérieure à 2000 électrons/cm² est obtenue dans des mélanges Ar/CO₂. L’ionisation est un processus multiphotonique. Le potentiel d’ionisation de l’argon est de 13,7 eV et le faisceau laser fournit 3,67 eV. Le faisceau non focalisé génère un champ électrique de 1,1 MV/cm.
Développement du laser TEA N₂ limite de diffraction pour l’expérience UA1
Au début des années 1980, dans le contexte du programme proton-antiproton du CERN dirigé par Carlo Rubbia, de nouveaux besoins apparurent concernant l’étalonnage des chambres à dérive utilisées dans les détecteurs de physique des hautes énergies.
Afin d’obtenir une référence spatiale extrêmement précise et reproductible, Arnold Neracher développa une famille de lasers TEA à azote fonctionnant à la limite de diffraction destinés à la calibration des détecteurs gazeux.
Ces systèmes furent conçus pour produire :
-
des impulsions UV sub-nanosecondes à 337,1 nm ;
-
une très faible divergence angulaire ;
-
une focalisation proche de la limite théorique de diffraction ;
-
une ionisation multi-photonique contrôlée dans les mélanges gazeux Ar/CO₂ utilisés dans les chambres à dérive.
Le développement conduisit à la réalisation de systèmes MOPA (Master Oscillator Power Amplifier) associant :
-
un oscillateur maître monomode ;
-
une ligne à retard optique ;
-
un amplificateur TEA N₂ de puissance.
Cette architecture permettait de conserver la qualité spatiale du faisceau tout en augmentant fortement son énergie.
Les traces d’ionisation ainsi générées reproduisaient avec une grande fidélité les trajectoires laissées par les particules relativistes dans les détecteurs, permettant :
Prototype très compact de laser TEA azote (N₂) impulsionnel, oscillateur + amplificateur intégré.
“Laser TEA N2 1MW 700 ps Oscillator and amplifier”
Ce type de géométrie plate évoque fortement les concepts de lasers TEA ultracourts développés dans les années 80–90 pour obtenir des impulsions sub-nanosecondes avec une très faible inductance parasite.
Quelques éléments remarquables visibles sur la photo :
-
structure « sandwich » plane à très faible inductance ;
-
électrodes larges type stripline/microstrip ;
-
alimentation par ligne de transmission intégrée ;
-
sortie optique centrale très courte ;
-
boucle rouge probablement utilisée comme connexion impulsionnelle HV ou déclenchement ;
-
géométrie optimisée pour des fronts de montée extrêmement rapides.
Avec 700 ps et 1 MW :
ce qui donne environ :
1×106×700×10−12≈0.7 mJ
Donc :
-
puissance crête énorme,
-
mais énergie relativement faible,
-
typique des lasers TEA N₂ ultrarapides.
Le plus intéressant dans ce genre d’architecture est que :
-
la décharge doit devenir homogène en quelques centaines de ps ;
-
l’inductance totale doit être extrêmement faible ;
-
la ligne Blumlein ou pseudo-Blumlein est souvent intégrée directement dans la structure plane.
Ce montage est une architecture très élégante de laser TEA N₂ à double ligne de Blumlein, où l’oscillateur maître et l’amplificateur sont synchronisés intrinsèquement par la géométrie de l’éclateur et ajustés finement par retard optique.
Votre schéma montre en réalité deux générateurs d’impulsions ultra-rapides couplés par un éclateur central non inductif.
Principe général de la ligne de Blumlein
Une ligne de Blumlein est un générateur d’impulsions haute tension extrêmement rapide permettant :
- une montée de tension très abrupte
- une largeur d’impulsion bien définie
- une adaptation d’impédance correcte
- une décharge homogène du gaz laser
Le principe fondamental :
- On charge plusieurs lignes capacitatives en parallèle.
- On déclenche brutalement un court-circuit via un éclateur.
- Une onde électromagnétique se propage dans les lignes.
- La charge (ici le plasma laser) reçoit une impulsion rectangulaire très rapide.
Votre montage : double Blumlein symétrique
Votre schéma comporte :
- une ligne pour l’oscillateur un côté chargé à +30 kV
- une ligne pour l’amplificateur l’autre à −30 kV
Donc la tension différentielle totale appliquée au plasma atteint :
Vdiff=(+30kV)−(−30kV)=60kV
Ce qui est énorme pour un TEA N₂.
Structure du montage
Les capacités :
- CS0C_{S0}, CSaC_{Sa}
- CF0C_{F0}, CFaC_{Fa}
forment les lignes de transmission plates.
Leur inductance distribuée est celle des plaques parallèles.
L’inductance centrale LcL_c sert à : équilibrer la tension de charge
L’éclateur central non inductif
C’est le point le plus intelligent du système.
“l’éclateur épouse la géométrie de la ligne”
C’est essentiel.
Un éclateur classique introduit :
- inductance parasite
- retard
- déséquilibre spatial
Ici votre éclateur courbe :
- suit les lignes de champ
- minimise la self
- commute simultanément toute la largeur de la ligne
Donc :
- très faible jitter
- montée sub-ns possible
- onde très homogène
C’est pratiquement un “distributed spark gap”.
Fonctionnement temporel
1. Charge
Les lignes sont chargées lentement via les résistances de 10 MΩ :
- haut : +30 kV
- bas : −30 kV
Les capacités stockent l’énergie :
E=12CV2E=\frac12 CV^2
2. Déclenchement
Le condensateur externe :
- 500 pF
- 40 kV
- 50 ns
injecte une impulsion de déclenchement sur l’éclateur.
Cela ionise brutalement le gap.
3. Effondrement des potentiels
L’éclateur devient conducteur.
Les lignes se déchargent alors en onde progressive.
Les fronts partent simultanément :
- vers l’oscillateur
- vers l’amplificateur
avec polarités opposées.
Pourquoi la double polarité est très intéressante
Avec :
+30kVet−30kV
vous obtenez :
- champ électrique double
- moins de tension absolue par rapport à la masse
- moins de claquages parasites
- meilleure symétrie plasma
Le champ dans le gaz vaut :
E=60kVdE
Synchronisation oscillateur / amplificateur
C’est ici que votre système devient remarquable.
Vous utilisez :
Synchronisation électrique intrinsèque
Par différence de rayon des électrodes de l’éclateur.
Les zones à plus faible rayon de courbure :
- ont un champ plus fort
- déclenchent plus tôt
Donc vous créez volontairement :
Δtelec\Delta t_{elec}
entre :
- oscillateur maître
- amplificateur
C’est une méthode extrêmement fine de timing.
Puis ajustement optique
Ensuite :
- le pulse UV de l’oscillateur
- traverse une ligne à retard optique
avec :
- rétro-réflecteur
- rail optique
afin que le pulse optique arrive exactement :
- lorsque le gain de l’amplificateur est maximal.
Pourquoi ce timing est critique dans un laser N₂
Le laser TEA N₂ :
- a un temps de montée ultra court
- un gain énorme
- mais une durée de vie de population inversée très faible
Typiquement : 1 ns à pression atmosphérique
Donc :
- si l’oscillateur arrive trop tôt → faible amplification
- trop tard → le gain est déjà effondré
Le réglage doit souvent être meilleur que :
±200 ps soit 30 mm sur le déplacement du prisme
Rôle de la ligne de retard optique
Le déplacement du rétro-réflecteur modifie :
Δt=2ΔLc
avec 200ps 1 mm → 6.7 ps.
Cela permet un ajustement extrêmement précis.
Largeur d’impulsion de la Blumlein
La durée de l’impulsion vaut approximativement :
τ=2Lv\tau
où :
- LL = longueur électrique
- vv ≈ vitesse de propagation (~0.7 à 0.9 c)
C’est pourquoi les lignes TEA sont souvent :
- larges
- plates
- courtes
pour obtenir :
- 5 à 50 ns.
Pourquoi la Blumlein est idéale pour les TEA N₂
Le TEA N₂ demande :
- très forte surtension
- montée ultra rapide
- décharge homogène
La Blumlein fournit précisément :
- impulsion rectangulaire
- faible jitter
- très faible inductance
- fort courant impulsionnel
Beaucoup mieux qu’un simple condensateur déchargé dans le plasma.
Ce que votre architecture apporte en plus
Votre système ajoute :
1. Symétrie ±HT
Très bon pour la stabilité.
2. Éclateur distribué non inductif
Extrêmement rapide.
3. Double ligne indépendante
Permet :
- oscillateur maître propre
- amplification contrôlée
4. Synchronisation géométrique
Très sophistiquée.
5. Ajustement optique final
Permet le verrouillage temporel fin.
Ce qui se passe physiquement
Chronologie typique :
| Temps | Événement |
|---|---|
| t0 | charge des lignes |
| t1 | impulsion trigger |
| t1+ps | claquage éclateur |
| t1+ns | excitation oscillateur |
| t1+Δt | émission UV 337 nm |
| t1+Δt+retard | arrivée dans amplificateur |
| t1+Δt optimum | gain maximal amplificateur |
| t1+quelques ns | amplification géante |
Conséquence laser
Vous obtenez :
- un oscillateur maître stable spatialement
- puis un amplificateur TEA à très haut gain
Donc :
- divergence réduite limite de diffraction à 337nm
- meilleure cohérence
- puissance beaucoup plus élevée
par rapport à un TEA auto-oscillant unique.
Ce type d’architecture était très avancé
En 1981 l’université de HAMBOURG m’a acheté les plans de ce laser pour pouvoir le construire et en fait cela a été le travail de DIPLOME d’un physicien Peter Schütt titre » Bau und inbetriebnahme eine zweistufigen Stickstoff Laser zur Teilchenspur Simulation » UNIVERSITAT HAMBURG.
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